Depuis que la Commission a dévoilé la version 2.0 de la directive «SFDR » en novembre 2025, deux questions reviennent sans cesse : quels changements et à quel moment? Nous avons abordé la première dans notre première analyse de cette refonte, et la seconde dans notre guide de préparation aux nouvelles règles de janvier 2026. Cet article se concentre sur le calendrier lui-même : où en est le processus législatif, pourquoi il a avancé plus lentement que ne le laissaient présager les prévisions initiales, et à quoi ressemblent les délais de mise en conformité réalistes.
Aucune date précise n’a encore été fixée. Les modalités définitives, y compris la période de transition, seront arrêtées dans le cadre d’un trilogue, c’est-à-dire le processus de négociation à huis clos de l’UE entre le Conseil, le Parlement et la Commission. Toutefois, la période de mise en conformité devrait s’étendre entre juin 2029 et juin 2030, en fonction de l’évolution des négociations au cours des douze prochains mois.
Le Conseil est prêt pour « SFDR 2.0 », mais pas le Parlement
Le trilogue ne peut débuter que lorsque les trois institutions ont présenté leur position. La Commission a publié sa proposition en novembre 2025. Le Conseil a emboîté le pas le 19 juin 2026, en adoptant un mandat que les États membres ne peuvent plus remettre en cause. Le Parlement européen constitue désormais le seul obstacle. Avant de pouvoir entamer toute négociation, il doit franchir deux étapes de vote : le vote de la commission ECON (actuellement prévu en septembre 2026) et le vote en séance plénière ( prévu en septembre/octobre 2026). Aucun de ces deux votes n’a encore eu lieu, et le vote de la commission ECON est déjà retardé, alors que celle-ci devait présenter un avant-projet de position d’ici juillet 2026.
Une fois que le Parlement aura arrêté sa position, les trois institutions entameront des négociations tripartites. Compte tenu de la dynamique décrite ci-dessous, on peut raisonnablement s'attendre à ce que les négociations débutent au quatrième trimestre 2026 et qu'un accord politique soit conclu vers le milieu de l'année 2027.
20 novembre 2025 Terminé
» 19 juin 2026 Terminé
» du Parlement ECON septembre · Séance plénière octobre 2026 ⏳ Reporté
Prévu pour le 4e trimestre 2026 → mi-2027
s'appliquent juin 2029 – juin 2030
Qu'est-ce que le trilogue et pourquoi est-il important ?
Mais qu’est-ce que tout cela signifie ? Et pourquoi ce processus est-il si rigide ? La procédure législative ordinaire de l’UE exige que le Parlement et le Conseil élaborent leurs positions de manière indépendante avant de pouvoir négocier ensemble. La Commission rédige la proposition ; le Parlement et le Conseil l’amendent chacun de leur côté ; puis les trois institutions se réunissent en trilogue — des séances privées à huis clos — afin d’aboutir à un texte unique et consensuel. De petites délégations de chaque partie se réunissent à plusieurs reprises pour aplanir les divergences, la Commission jouant le rôle de médiateur. Pratiquement rien n’est rendu public pendant ce processus, les progrès sont mesurés en « cycles » plutôt qu’en dates, et le rythme s’accélère ou ralentit en fonction des discussions.
En ce qui concerne « SFDR » 2.0, les questions qui restent à régler dans le cadre du trilogue portent notamment sur la durée de la période de transition (18 mois contre 24), les critères relatifs aux catégories de fonds et le champ d'application du régime PAI. Ces divergences nécessitent généralement trois à cinq cycles de négociation s'étalant sur plusieurs mois pour être résolues. Un trilogue classique portant sur un dossier controversé dure de trois à dix-huit mois, et « SFDR » 2.0 est un dossier controversé.
Après le trilogue : les dernières étapes
Une fois l'accord conclu, des experts juridico-linguistiques peaufinent la formulation dans les 24 langues officielles de l'UE. Le Parlement et le Conseil procèdent chacun à un vote formel pour adopter le texte convenu, après quoi aucun amendement n'est plus possible. La loi est publiée au Journal officiel de l’Union européenne et entre en vigueur 20 jours plus tard. Ce processus de mise au point juridique et d’adoption formelle ajoute généralement deux à quatre mois entre l’accord politique et l’entrée en vigueur. Ce n’est qu’après l’entrée en vigueur que commence la période de transition, ou le compte à rebours vers la mise en conformité.
Pourquoi le calendrier a pris plus de temps que prévu initialement ?
Selon certaines estimations initiales, l'application « SFDR 2.0 » aurait pu voir le jour dès 2028. Cette hypothèse semble désormais écartée. Plusieurs facteurs ont contribué à repousser le calendrier.
La cause la plus immédiate réside dans la politique parlementaire. Les groupes politiques au Parlement européen sont déjà divisés au sein de la commission ECON : le PPE prône une déréglementation plus poussée, tandis que le S&D et les Verts souhaitent des règles plus strictes contre le « greenwashing ». La question du fonds de transition est apparue comme un point d’achoppement notoire. Il est difficile de dire comment ces divisions se traduiront lors des séances plénières. En effet, ces tensions ont déjà retardé le vote au sein de la commission ECON d’environ deux mois, et la pause estivale du mois d’août, qui suspend les travaux parlementaires pendant l’été, signifie qu’il n’y a aucune possibilité de rattraper ce retard avant l’automne.
Des facteurs structurels viennent accentuer la pression. L'Irlande assure la présidence tournante du Conseil jusqu'en décembre 2026. Un dossier qui entre en phase de trilogue en novembre pourrait ne pas être clôturé avant le changement de présidence, et la nouvelle présidence aura besoin de temps pour se mettre au courant, ce qui repousserait la conclusion d'un accord politique réaliste au début de l'année 2027. Même une fois l'accord conclu, l'examen juridico-linguistique et le processus d'adoption formel ajouteront les deux à quatre mois mentionnés plus haut.
Au-delà du calendrier, les trois textes pourraient diverger sur le fond. Des différences d’approche sont déjà perceptibles entre la Commission et le Conseil, et d’autres divergences apparaissent dans les amendements proposés par la commission ECON du Parlement. La question de la période de transition n’est qu’un des points de discorde ; les désaccords concernant les critères de catégorisation et le régime PAI nécessitent chacun un compromis spécifique. Ensemble, ces éléments rendent peu probable la conclusion rapide d’un trilogue, même dans des conditions politiques favorables.
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Sujet
Domaine
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Commission européenne
Proposition de la Commission
novembre 2025
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Conseil de l'UE
Position du Conseil
juin 2026
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|---|---|---|
| Indicateurs PAI | Facultatif — Il appartient au FMP de décider s’il souhaite utiliser des indicateurs pour la publication des informations relatives au PAI. | Obligatoire — ≥ 3 indicateurs issus d’un acte délégué, plus un indicateur d’exposition aux combustibles fossiles pour les produits de transition. |
| Informations relatives aux données et à la méthodologie | Méthodologies, sources de données et estimations disponibles uniquement « sur demande ». | Suppression de « sur demande » — divulgation proactive dans les documents et sur les sites web. |
| Filtre « Chiffre d'affaires / Dépenses d'investissement liés aux énergies fossiles » | Interdiction pour les entreprises de développer de « nouveaux projets » liés aux énergies fossiles (transition). | Exclusion fondée sur le chiffre d'affaires ; exclusion si les dépenses d'investissement (CapEx) sont ≥ 20 % ; plan de Paris conforme à la taxonomie et assorti d'un calendrier précis (portées 1 et 2). |
| Plafond de mise en œuvre progressive | Délai pour atteindre le seuil de 70 % lié aux informations précontractuelles (sans limite). | La mise en œuvre progressive « ne devra pas dépasser trois ans ». |
| Exception relative à la dette souveraine (mesure transitoire) | La dette souveraine à usage général est totalement exclue du seuil. | Les émissions à usage général du secteur public de l'UE sont prises en compte, dans la limite de 15 % du portefeuille. |
| Mention légale non classée (art. 6a) | Aucune mention légale obligatoire n'est prévue dans le cadre des règles de transparence volontaire. | Mention légale obligatoire — ce produit n'est pas considéré comme un produit lié au développement durable au sens de la législation de l'Union européenne. |
| Clause d'exclusion relative aux FIA | Il n'existe pas d'exemption générale pour les FIA destinés à des clients professionnels. | Exemption de classification pour les FIA proposés exclusivement à des clients professionnels. |
| Chronologies | Durée de validité : 18 mois ; clause de révision : 36 mois. | Durée d'application : 24 mois ; clause de révision : 60 mois. |
Est-ce que ça pourrait aller plus vite ?
Oui. Les trois institutions soutiennent globalement l’objectif de simplification, ce qui réduit le risque d’une impasse fondamentale. Si le Parlement rend sa position en séance plénière en septembre et que l’Irlande fait fortement pression pour parvenir à un accord avant Noël, un accord d’ici fin 2026 est envisageable, même si cela nécessiterait un concours de circonstances exceptionnel. Dans ce scénario, tout serait avancé d’environ douze mois.
Deux cas de figure dans lesquels la norme « SFDR 2.0 » s'appliquera
Compte tenu de ces variables, deux scénarios temporels réalistes se dessinent. Un scénario accéléré, fondé sur un accord d’ici fin 2026 et sur la période de transition de 18 mois privilégiée par la Commission. Et un scénario de référence, aligné sur un accord mi-2027 et sur la préférence du Conseil pour une période de 24 mois. La position du Parlement, qui n’est pas encore connue, sera le facteur décisif. Dans la pratique, le résultat devrait se situer quelque part entre ces deux scénarios.
Source : Clarity AI
Comment « Clarity AI » aide ses clients à se préparer alors que le calendrier reste incertain
Un calendrier législatif en constante évolution n'est pas une raison pour attendre. Que la première mise en conformité intervienne en 2029 ou en 2030, le travail de fond consistant à comprendre comment un portefeuille s'inscrit dans les nouvelles catégories de l'« SFDR » ne change pas en fonction de la date, et les entreprises qui s'y prennent dès maintenant n'auront pas à se démener une fois que la période de transition aura été confirmée.
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