Le cadreSFDR .0 proposé par la Commission européenne pourrait profondément modifier la manière dont les produits d'investissement durables sont positionnés en Europe. Selon l'analyse Clarity AI, environ 40 % fonds article 9 actuellement fonds article 9, la catégorie de durabilité la plus élevée de l'UE, ne respecteraient pas les règles d'exclusion proposées. L'écart est encore plus important pour les fonds relevant de l'article 8, dont environ 80 % ne satisferaient pas aux critères d'exclusion durables proposés.
Ces estimations laissent entendre qu'un nombre important de fonds actuellement commercialisés comme durables pourraient être confrontés à des choix stratégiques si leurs gestionnaires souhaitent les aligner sur les normes plus strictes associées aux nouveaux labels. Cela pourrait impliquer de renforcer les politiques d'exclusion, de réajuster la composition des portefeuilles ou de repenser le positionnement de ces fonds au sein du paysage de l'investissement durable.
En novembre 2025, la Commission européenne a publié sa proposition SFDR . SFDR , qui remplacerait le cadre actuel des articles 8 et 9 par trois nouveaux labels de produits : « Transition » , « ESG Basics » et «Sustainable1 ». Chaque label serait soumis à des normes minimales harmonisées, notamment l’obligation qu’au moins 70 % de ses actifs contribuent à l’objectif de durabilité qui lui est propre, ainsi qu’à des exclusions négatives strictes fondées sur les critères d’exclusion des indices de référence alignés sur l’Accord de Paris et la transition climatique.
Exclusions de l'indice de référence aligné sur Paris :
(a) les entreprises impliquées dans des activités liées aux armes controversées ;
(b) les sociétés impliquées dans la culture et la production de tabac ;
(c) les entreprises dont les administrateurs de référence estiment qu'elles ne respectent pas les principes du Pacte mondial des Nations unies (UNGC) ou des principes directeurs de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à l'intention des entreprises multinationales ;
(d) les sociétés qui tirent 1 % ou plus de leurs revenus de la prospection, de l'exploitation minière, de l'extraction, de la distribution ou du raffinage de la houille et du lignite ;
(e) les sociétés qui tirent 10 % ou plus de leurs revenus de la prospection, de l'extraction, de la distribution ou du raffinage de combustibles pétroliers ;
(f) les entreprises qui tirent 50 % ou plus de leurs revenus de la prospection, de l'extraction, de la fabrication ou de la distribution de combustibles gazeux ;
(g) les entreprises qui tirent 50 % ou plus de leurs revenus de la production d'électricité dont l'intensité en GES est supérieure à 100 g de CO2 e/kWh.
Même si ce cadre ne reclasserait pas automatiquement les fonds existants, il établit des critères plus clairs quant à la manière dont les allégations de durabilité pourraient être définies dans le cadre de la prochaine phase de la réglementation européenne, une évolution susceptible d'influencer tant la conception des produits que les attentes des investisseurs à mesure que le marché s'adapte à ce nouveau cadre.
Dans quelle mesure SFDR actuels sont-ils prêts ?
Afin d'évaluer les implications potentielles de cette proposition, Clarity AI un échantillon de plus de 21 100 fonds d'investissement actuellement auto-classés selon SFDR plus de 9 600 au titre de l'article 6, plus de 10 500 au titre de l'article 8 et plus de 920 fonds article 9).
L'analyse s'est concentrée sur une question centrale : ces fonds répondraient-ils aux critères d'exclusion proposés par les indices « Paris-aligned » et « Climate Transition Benchmarks » (PAB et CTB) dans le cadre SFDR .0 ?
Clarity AI la conformité potentielle des fonds aux nouvelles exigences d'exclusion prévues à l'article 7 (« Transition »), à l'article 8 (« Principes ESG ») et à l'article 9 (« Durabilité »)2.
Conclusion : les allégations en matière de développement durable sous pression
Les résultats montrent dans quelle mesure les portefeuilles actuels sont conformes aux critères d'exclusion associés aux labels proposés, donnant ainsi un premier aperçu de la manière dont les fonds pourraient se positionner dans le cadre du nouveau dispositif.
- Parmi les fonds qui se classent actuellement eux-mêmes dans la catégorie de l'article 6, environ 20 % répondent aux critères d'exclusion proposés pour les articles 7 et 8 (« Transition » / « Principes ESG de base »)³, et seuls environ 10 % répondent à ceux proposés pour l'article 9 (« Durable »).
- Parmi les fonds relevant de l'article 8, environ 35 % répondent aux critères d'exclusion proposés pour les articles 7 et 8, tandis que seuls environ 20 % satisfont aux critères d'exclusion proposés pour l'article 9.
- Même parmi les fonds actuellement classés au titre de l'article 9, moins de 70 % respectent les critères d'exclusion proposés pour les articles 7 et 8, et environ 60 % satisfont aux critères d'exclusion proposés pour l'article 9.
Un examen plus approfondi des expositions sous-jacentes permet de comprendre pourquoi de nombreux fonds ne parviennent pas à respecter les seuils d'exclusion proposés.
- Parmi les fonds relevant de l'article 8 qui ne respectent pas les critères d'exclusion « ESG Basics »,un peu plus de 40 % des cas de non-conformité sont liés à des violations des principes du Pacte mondial des Nations unies (UNGC) ou des Principes directeursde l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à l'intention des entreprises multinationales, les expositions étant fortement concentrées sur un petit nombre d'entreprises. Un pourcentage similaire correspond aux cas liés à des entreprises tirant 1 % ou plus de leurs revenus d’activités liées au charbon et au lignite. Ces expositions sont plus largement réparties entre les entreprises plutôt que concentrées sur quelques émetteurs. La part restante s’explique principalement par l’exposition liée au tabac et aux armes controversées.
- Une tendance similaire se dessine parmi fonds article 9 ne satisfont pas aux critères d'exclusion proposés. Là encore, une part importante des cas de non-conformité est liée à des violations des normes mondiales impliquant le même groupe d'entreprises, tandis qu'environ 40 % s'expliquent par une exposition à des activités liées aux énergies fossiles, telles que le charbon, le pétrole et le gaz. Une part plus modeste s'explique par une exposition à la production d'électricité à forte intensité énergétique.
Pourquoi cela est important au-delà de la simple conformité
Ces résultats donnent une première indication de la manière dont les portefeuilles actuels des fonds s'alignent sur les critères d'exclusion proposés dans le cadre SFDR . SFDR . Le pourcentage relativement faible de fonds respectant les seuils d'exclusion plus stricts suggère qu'une part importante des fonds actuellement classés au titre des articles 8 et 9 pourrait devoir ajuster leurs positions existantes ou renforcer leurs processus de sélection s'ils souhaitent se conformer aux labels proposés.
Cette préoccupation est renforcée par le chevauchement entre la proposition de la Commission et les règles de l'AEMF relatives à la dénomination des fonds, qui exigent toutes deux que les allégations de durabilité soient étayées par les caractéristiques du portefeuille. Comme le souligne l'étudeClarity AIpour 2025, cela met en évidence un décalage entre les labels de durabilité et les exclusions réelles au niveau du portefeuille.
Même s’il est peu probable que ce règlement entre en vigueur avant 2028 et qu’il fait encore l’objet de négociations, ses implications stratégiques sont immédiates. La réorganisation des portefeuilles, la mise à jour des prospectus, les changements d’indices de référence et les processus de communication avec les investisseurs exigent du temps et une gouvernance coordonnée. Le renforcement des régimes d’exclusion repose également sur la fiabilité des données fournies par les émetteurs, le suivi des controverses et la mise en place de systèmes de filtrage permanents, ce qui pourrait nécessiter des améliorations opérationnelles.
Dans l'ensemble, il ne s'agit pas seulement d'un futur problème de conformité, mais d'un signe avant-coureur de la manière dont la composition des portefeuilles et le positionnement des produits devront évoluer. Même si les règles spécifiques venaient à changer, les critères d'exclusion sont appelés à jouer un rôle de plus en plus central dans la définition des fonds durables, ce qui rend indispensable de s'y préparer dès maintenant afin de réduire le risque de perturbations futures.
Prochaines étapes pour SFDR .0
À la mi-2026, le Parlement européen et le Conseil devraient finaliser leurs positions sur la proposition de la Commission, ce qui permettra aux trois parties d'entamer des négociations en trilogue dans le courant de l'année. Un accord politique pourrait être conclu en 2027, le nouveau règlement n'entrant probablement pas en vigueur avant 2028.
20 novembre 2025
Proposition législative officielle pour la SFDR 2.0 publiée par la Commission européenne .
2026-2027
Négociations au niveau de l'UE et amendements éventuels. Il n'y a pas de date fixe pour l'approbation finale, car le processus dépend de la rapidité de l'examen législatif. Une fois l'accord politique obtenu, une période de transition de 18 mois est prévue.
Début 2028
Mise en œuvre la plus précoce possible, après approbation parlementaire et publication au Journal officiel de l'UE.
La publication par la Commission de ses normes techniques de « niveau 2 » apportera également davantage de précisions ; celles-ci définiront des aspects importants du règlement, notamment des indicateurs spécifiques relatifs aux critères de contribution et des modèles de déclaration.
Même si le calendrier semble a priori généreux, la préparation ne peut être reportée aux dernières étapes. Pour les fonds relevant des articles 8 et 9, cela peut impliquer de faire correspondre leurs produits existants aux nouvelles catégories. Pour les autres fonds, y compris les produits relevant actuellement de l’article 6, les entreprises devront déterminer si elles peuvent prétendre à l’un des trois labels (Transition, Basics ou Sustainable). Selon la proposition de la Commission, les fonds qui n’entrent pas dans l’une de ces catégories ne seraient pas autorisés à utiliser certains termes liés à l’ESG ou à la durabilité dans leurs noms et leurs supports marketing.
En entamant cette évaluation dès le début, les entreprises peuvent mettre en œuvre de manière mesurée les changements nécessaires au niveau de leur portefeuille, de leur documentation ou de leur positionnement, ce qui permet de réduire les risques liés à la mise en œuvre, de préserver la confiance des investisseurs et d'atténuer les craintes potentielles de « greenwashing » à mesure que les attentes réglementaires évoluent.
Un outil pratique pour évaluer la conformité à la norme SFDR .0
Afin d'aider les acteurs du marché à comprendre les implications potentielles du SFDR .0 dans sa version actuelle, Clarity AI développé le «SFDR .0 Check », un outil accessible au public qui offre une première estimation de la manière dont les fonds pourraient s'aligner sur les catégories de produits proposées par la Commission européenne.
Les utilisateurs peuvent saisir le code ISIN d'un fonds et évaluer sa performance au regard des éléments clés de la proposition, y compris les critères d'exclusion, sur la base des données actuellement disponibles. En proposant une méthode cohérente et fondée sur les données pour analyser le cadre proposé, l'outil SFDR .0 Check aide les gestionnaires d'actifs, les analystes et les autres parties prenantes à se faire rapidement une idée de l'impact potentiel des réformes proposées, avant même la publication des règles définitives et des normes techniques.
Dans l'immédiat, Clarity AI déjà à la mise au point d'une solutionSFDR .SFDR destinée à accompagner ses clients tout au long de cette transition, qu'il s'agisse d'identifier et de classer les fonds existants ou de concevoir sur mesure de nouveaux produits en adéquation avec un objectif prédéfini.

Références
- Transition (article 7) : Investissements s'inscrivant dans une trajectoire crédible vers la durabilité ou poursuivant des objectifs spécifiques liés à la transition.Notions fondamentales en matière d'ESG (article 8) : Produits dont la stratégie d'investissement intègre des considérations de durabilité allant au-delà des risques liés à la durabilité.Durables (article 9) : Investissements qui sont déjà durables ou qui poursuivent des objectifs spécifiques liés à la durabilité.
- Afin d'évaluer les exclusions proposées au titre des articles 7 et 8, chaque participation a été examinée à la lumière des critères a à d du Paris-Aligned Benchmark (PAB), qui couvrent des domaines d'exclusion clés tels que les activités liées aux combustibles fossiles, les armes controversées et les violations graves des normes (voir ici pour les définitions complètes des critères). Des exceptions limitées ont été appliquées pour certaines obligations durables qui répondaient aux exigences de l’AEMF en vertu des règles de dénomination des fonds durables. La même approche a été appliquée pour évaluer les exigences d’exclusion proposées à l’article 9, en utilisant les critères PAB a à g, plus larges, avec des exceptions similaires. Dans les deux cas, un fonds était classé comme non conforme s’il contenait ne serait-ce qu’un seul titre en violation des critères pertinents.
- L'analyse porte sur les critères d'exclusion proposés pour les articles 8 (« Principes fondamentaux ESG ») et 9 (« Durabilité »), qui sont directement comparables entre les différentes catégories de fonds. Le cadre d'exclusion de base appliqué en vertu des articles 7 et 8 est largement harmonisé.






